#Terre

Aurélie de Benoist, Hauts-de-France

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Le chemin d’Aurélie n’était pas tracé d’avance. Fille de céréalier, elle fait d’abord des études de commerce et se destine aux métiers des ressources humaines. Mais lorsqu’au début des années 2000, son père envisage de laisser la ferme en gestion, elle décide de tenter l’aventure agricole. Aujourd’hui, heureuse de son choix, la céréalière quadragénaire mène de front sa ferme, une « petite tribu » de quatre enfants, et des activités de promotion de son métier.

Son Bac Pro option Productions Végétales en poche, Aurélie se lance sur la ferme de 250 hectares, qui produit du blé, de l’orge, de la betterave, des bovins pour la viande « et quelques hectares pour des chevaux en pension ». A cette époque, l’entreprise compte deux salariés. La jeune femme prend naturellement la dimension de ses nouvelles responsabilités.

« L’aide du chef de culture de mon père m’a été précieuse pour comprendre les cultures, le potentiel des terres, et la bonne façon de gérer l’ensemble. Sans lui et sans son expérience, j’aurais pu me mettre en difficulté. Mon père, lui, avait choisi de rester en retrait lors de la reprise. Je lui en suis reconnaissante aujourd’hui, car les choix que j’ai faits ont été les miens. J’étais donc bien conseillée, mais seule maître à bord ! »

Un engagement pour l’agriculture

« Envisager une autre voie au début de ma vie professionnelle m’a ouvert l’esprit. Cela m’a permis de mieux comprendre comment les gens perçoivent l’agriculture aujourd’hui. Et il y a du travail à faire dans ce sens. C’est à nous, aussi, d’interpeller la société, pour lui faire comprendre qu’on rejoint ses préoccupations. Je ne suis pas que productrice ; je suis aussi citoyenne, maman, et comme chacun, je m’interroge sur ce que je consomme.»

Des dernières années écoulées, Aurélie retient un durcissement de l’opinion publique à l’égard des agriculteurs. C’est pourquoi elle a décidé de se mobiliser et de devenir ambassadeur #Agridemain, un collectif d’agriculteurs qui parlent ouvertement de la réalité de leur métier, de leurs réflexions, sans fards ni tabous…

« On peut débattre, mais pas abattre ! Non seulement la complexité de notre métier échappe au grand public, mais en plus les médias distordent la réalité et recherchent les effets faciles. Avec les réseaux sociaux, la virulence et la puissance des attaques sont montées d’un cran, et le droit de réponse est difficile à faire entendre. Alors pour ma part, j’utilise d’autres voies que Facebook ou Twitter. J’accueille à la ferme, je participe à des rencontres, je m’investis en face à face.»

Un métier magnifique

Aurélie ne troquerait pour rien au monde sa vie contre une autre. Son époux n’est pas agriculteur, « ce qui m’apporte une bouffée d’air appréciable ». Ses enfants sont éduqués dans l’amour de la terre, mais laissés libres quant à leurs choix professionnels, « même si je sens chez certains l’envie de travailler dans le monde agricole ». Chaque chose en son temps. Ses satisfactions aujourd’hui ? « Travailler avec le vivant, développer l’entreprise, défendre l’esprit collectif qui anime notre métier ». Pour l’heure, au cœur de l’hiver alors que l’interview a lieu, Aurélie regarde par sa fenêtre un paysage de champs au repos.

« Dans ce métier on vit avec la nature et les saisons. On hiberne un peu l’hiver, les énergies reviennent au printemps, et culminent à la récolte. Je me rappelle bien d’ailleurs de ma première moisson : mon premier enfant est né pile au début ! »

« On peut débattre, mais pas abattre ! »

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