Les céréaliers, acteurs de la construction européenne

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En juin 2019, les citoyens européens ont élu leurs nouveaux représentants. Alimentation, agriculture, climat : les députés européens fixent le cap des futures politiques européennes qui impactent le quotidien de tous les Européens, et en premier lieu les agriculteurs. La Politique Agricole Commune est un élément central de l’Union européenne depuis plus de cinquante ans. Mais pourquoi ?

Politique Agricole Commune, un acronyme à décrypter

A l’origine, avec le traité de Rome de 1962, la PAC visait à réguler et encourager les agriculteurs européens à augmenter leurs rendements et améliorer leurs revenus. En cette deuxième moitié du XXème siècle, à  la sortie de la seconde guerre mondiale, cet accord entre les 6 pays fondateurs (France, Belgique, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, République fédérale d’Allemagne) visait à augmenter la production agricole, notamment en céréales, fruits et légumes, afin de nourrir les populations à des prix raisonnables. A cette époque, dans l’ouest de l’Europe, non seulement les voies de communications, les usines agroalimentaires étaient à reconstruire mais surtout, il fallait réinvestir dans la production primaire. L’agriculture d’alors était comparable à celle du XIXème.

Presque 60 ans après sa création, la PAC couvre 28 pays européens. Elle a permis de relever le défi de l’autosuffisance alimentaire à l’échelle d’un continent. Sans elle, l’alimentation des européens ne serait pas aussi diversifiée, qualitative, saine, accessible et abondante.

La PAC a joué un rôle crucial dans le développement pacifique de l’Europe. Ne dit-on pas qu’un peuple qui a faim est un peuple instable ? Pour la Commission Européenne, la PAC est « la réponse de l’Europe au besoin de garantir un niveau de vie décent à 22 millions d’agriculteurs et de travailleurs agricoles, ainsi qu’un approvisionnement alimentaire stable, sûr et sain à ses 500 millions de citoyens » (en savoir plus).

Drapeaux flottant au vent

Intégrer de nouvelles missions

L’histoire de la PAC est rythmée par ses réformes. L’objectif initial de sécurité alimentaire a été complété au fil des ans par l’intégration de nouvelles missions comme le développement rural, l’aide aux filières, la préservation de l’environnement et le changement climatique. Aujourd’hui, la PAC représente environ 40% du budget de l’Union Européenne. Chaque agriculteur en Europe est donc aidé par l’octroi de subventions en fonction de son activité (céréales, viandes rouges, lait…), de sa situation géographique (montagne, plaine, milieux sensibles, …), mais aussi en fonction des choix stratégiques faits par son pays ou sa région. Un roumain n’est effectivement pas aidé de la même façon qu’un allemand.

Ainsi, par ses orientations, la PAC a encouragé l’activité des zones rurales par des programmes d’investissements destinés à la modernisation, à l’application de normes sanitaires élevées pour les activités agricoles. L’organisation des quotas laitiers et sucriers qui ont permis le développement des industries associées en sont un bon exemple.

Dès les années 90, la thématique du développement durable a fait son apparition. Les critères d’attribution des aides ont intégré des exigences environnementales : le respect des zones sensibles, les bonnes pratiques pour préserver la qualité de l’eau, la limitation du recours à la chimie, ou encore la diversité des cultures. Les paysages et la biodiversité ont été aussi au cœur de ces politiques, notamment avec la protection des mares, des haies, des arbres isolés.

Europe

Et demain ?

La PAC a été, jusqu’en 2006, la plus importante des politiques communes en terme de budget, mais elle connaît depuis une baisse de ses ressources. Pour autant, les européens ont toujours des exigences supplémentaires à conditionner aux aides de la PAC. La prochaine réforme devra répondre à deux grands enjeux. Le premier de protéger davantage les agriculteurs en leur permettant d’avoir un revenu décent, tout en améliorant la résilience des entreprises. Il s’agit de pouvoir s’adapter aux aléas économiques (variation des cours mondiaux)climatiques (sécheresse, évènements extrêmes), et sanitaires(maladies, ravageurs…). Le deuxième sera d’accompagner la transition environnementale et climatique pour « produire mieux » à travers une agriculture productive, durable, moins consommatrice, et qui soit en mesure d’être une solution pour atténuer le réchauffement climatique et plus pour répondre au défi démographique auquel la planète doit faire face avec plus de un milliard d’habitant en plus d’ici 2050

Depuis sa création, la PAC a toujours su se réinventer et s’adapter pour accompagner l’évolution de l’agriculture en réponse aux évolutions des attentes des européens. Aujourd’hui, plus qu’hier nous avons besoin d’une PAC forte pour permettre à notre agriculture de relever les défis majeurs des transitions agroécologique, énergétique et du changement climatique.

Staatsflaggen,  Fahnen

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