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Etienne Raulet, Grand Est

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A 57 ans, Étienne est agriculteur depuis 40 ans. Témoin des différentes « époques » de la production céréalière, il en a expérimenté toutes les transitions. Toujours curieux, jamais découragé, il est passionné par sa terre et le vivant, objets de découvertes incessantes.

Si Étienne aujourd’hui parle pendant des heures, avec passion, du sol, de ses plaines et des découvertes agronomiques qu’il a faites, ses premières considérations de jeune agriculteur étaient avant tout économiques.

« J’ai repris la ferme familiale au début des années 80, dans ce coin de pays marqué par la guerre, avec les vestiges de la ligne Maginot et des tranchées anti-char. C’était un modèle de ferme très diversifiée : de la production animale avec beaucoup d’herbages, de la production végétale, un potager, un verger… Mais j’ai rapidement compris qu’il faudrait choisir, pour des raisons économiques, entre l’élevage et les céréales. J’avais engagé de gros capitaux pour mon installation, ils fallait serrer les frais au maximum. L’élevage représentait trop d’argent à mettre en oeuvre, sans compter une main d’oeuvre indispensable… les céréales l’ont emporté ! »

Produire pour nourrir les hommes

Durant les années 80 et 90, la PAC (politique agricole commune ) protège l’économie de la production céréalière avec différents mécanismes. Au prix minimum garanti, succèdent en 92 les restitutions, des aides conçues suivant un principe de compensation. En bref : on paye aux agriculteurs la différence entre le prix (bas) de vente sur le marché mondial et leur prix (plus élevé) fixé par la communauté européenne. Par ce mécanisme, le blé français reste compétitif, la France devient un grand producteur mondial.

« Protégées par l’Europe, aidées financièrement, les exploitations continuaient leur travail. Le matériel agricole et la technologie permettaient d’optimiser le temps et la main d’oeuvre. On produisait en quantité pour les marchés français et internationaux. Le métier changeait, on se spécialisait, et l’on entrait aussi dans une ère de compétition internationale. »

Sur 80 hectares d’une terre qu’il travaille sans cesse à améliorer, Étienne fait prospérer sa ferme et vivre sa famille. Le travail est passionnant, les agriculteurs du secteur échangent entre eux les idées et observent attentivement chez leurs voisins les améliorations liées à de nouvelles techniques. Étienne apprécie cette émulation agronomique.

 

« Le sol n’est pas qu’un support de culture. Il est vivant !  »

Des modèles agricoles en mutation permanente

« D’abord on parlait beaucoup de rendements. C’était un objectif en soi, alors on investissait dans nos outils de travail pour assurer de bonnes récoltes. Il est vrai qu’à l’époque, les traitements étaient largement employés, et peu controversés. Mais rapidement, malgré la réduction des doses on a réalisé que ça nous coûtait très cher. On observait une accoutumance des maladies et des ravageurs aux pesticides, et les sols donnaient des signes de fatigue. Il a fallu réfléchir à de nouvelles approches. »

C’est le passage de l’intensif au raisonné. Quelques techniciens conseillers défendent de nouvelles pratiques mais la réduction drastique des phytosanitaires doit s’accompagner d’une réflexion plus générale sur les rythmes climatiques et agronomiques.

« Avoir une sécheresse et des inondations dans la même année, c’est devenu fréquent depuis moins de dix ans. Il faut donc travailler à ce que notre écosystème soit le plus résilient possible. Cela veut dire s’appuyer sur les forces que la nature met à notre disposition ».

 

La redécouverte du sol

Et l’une de ces forces, pour Étienne, est sous nos pieds.

 

« Trop longtemps nous  avons considéré le sol comme un support. Mais il est bien plus que cela ! Dans un sol vivant, il y a une vie capable d’encaisser tous les coups durs et de nourrir les cultures pour qu’elles soient saines et qu’elles se débarrassent par elles-mêmes de leurs agresseurs par les auxiliaires, présents naturellement dans le sol. Chacun a sa fonction : les carabes mangent les limaces, les coccinelles dévorent les pucerons, les vers de terre aèrent la terre. Le mélange des espèces est favorable, le semis d’engrais verts riches en légumineuses favorise l’activité des bactéries, les mycorhizes apportent gratuitement de l’azote.L’objectif à terme est de remplacer le ‘’métal par le végétal ’’ et aussi de déplafonner les rendements.  »

 

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Semis direct de culture dans un couvert vivant.

Il est depuis cette (re)découverte un infatigable promoteur des soins au sol et d’une agriculture qui préserve d’abord les acteurs naturels des cultures. C’est avec un véritable enthousiasme et un succès économique qu’il a réalisé sa transition écologique.

Étienne a les pieds sur terre, et même bien enfoncés dans son sol de Meurthe et Moselle. Aujourd’hui, après un agrandissement en 2015, ses 150 hectares produisent, dans les meilleures conditions environnementales possibles, des céréales qui partent dans le monde entier.

 

« C’est une réelle satisfaction de produire des céréales avec des méthodes respectueuses de la nature. Voir, à chaque coup de bêche, toujours plus de vers de terre, et reconnaître d’année en année les signes d’un sol toujours plus sain et vivant, c’est un vrai motif de fierté ! »

 

« Voir, à chaque coup de bêche, toujours plus de vers de terre, et reconnaître d’année en année les signes d’un sol toujours plus sain et vivant, c’est un vrai motif de fierté ! »

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