#Fierté

Entre héritage et modernité, construire une vision partagée

Partagez cet article

Par Dominique Chambrette.

Notre production céréalière est héritière d’une belle tradition agricole française, un modèle qui a vu en 1930 les producteurs se regrouper en coopératives, ou inspirer en 1957 la Politique Agricole Commune de l’Europe naissante. Si aujourd’hui elle fait face à des enjeux économiques, sociétaux et environnementaux inédits, elle les aborde avec la même capacité d’adaptation dont elle a toujours fait preuve.

Et ce mouvement sera collectif. Coopérateurs, les céréaliers le sont depuis bientôt près d’un siècle. En 1930, face à la chute des cours du blé, petits et grands producteurs s’organisent et fondent les coopératives de collecte et d’approvisionnement. Cet épisode reste un des actes historiques les plus forts de l’histoire de notre métier, et a marqué des générations d’agriculteurs. Dans les années 60, le jour de l’assemblée générale de la coopérative, vous ne trouviez pas un céréalier dans ses champs ! Aujourd’hui, les coopératives font un fantastique travail de développement et sont un vecteur non négligeable de transformation du métier. L’agriculteur dans ce système n’est jamais isolé, il peut toujours bénéficier d’un conseil technique et d’une meilleure mise en marché de ses céréales. Le temps est un peu plus à l’individualisme, mais l’esprit est toujours là.

Le souffle de l’esprit collectif

Si elle est mal connue du grand public, la dimension collective en production céréalière est pourtant une de ses forces. GAEC, Cuma, les statuts sociaux et fiscaux de nos entreprises en portent souvent la marque. Par endroits, on pratique l’assolement en commun : on met en commun des parcelles, on réorganise ensemble la production, on mutualise matériel et rendements.
Les techniques culturales simplifiées ou l’implantation de couverts végétaux sont les fruits de questionnements collectifs, dans une double logique économique et environnementale. L’agriculture dite de conservation (sans retournement de la terre ni labour) apporte notamment une voix singulière dans le débat sur l’évolution des pratiques agricoles. En replaçant l’agronomie au cœur de l’acte de production, elle offre des perspectives concrètes qui ne sont ni le maintien dans un modèle « conventionnel », ni le saut vers l’agriculture biologique, que beaucoup jugent hasardeux. Elle remporte en tout cas l’adhésion des céréaliers qui ont besoin de temps, d’expérimentation et d’échanges avant d’adopter de nouvelles pratiques.

« Dans les années 60, le jour de l’assemblée générale de la coopérative, vous ne trouviez pas un céréalier dans ses champs ! »

La PAC au service d’une vision commune

Autre dynamique collective, la Politique Agricole Commune a, dès 1957, profondément imprimé sa marque à notre métier. L’agriculture, de par sa dimension stratégique, a toujours été une activité fortement encadrée par la puissance européenne. En témoigne le budget qui lui est alloué par l’Europe : en 1994, 54 milliards d’euros, soit 60% du budget européen. En 2008, 129 milliards d’euros, 43% du budget.

Unicité du marché, préférence communautaire et solidarité financière des États-membres ont été les principes directeurs d’une politique qui a atteint ses objectifs sur un continent qu’il fallait stabiliser après-guerre. La PAC a longtemps été l’outil d’une vision partagée, jusqu’à ce que progressivement ses piliers se fissurent ; que la concurrence intra-européenne s’installe, ou que les politiques nationales, en interprétant à leur manière les débats de leur société, ne viennent surajouter des contraintes à leurs agricultures déjà sous pression.

« Les céréaliers ont besoin de temps, d’expérimentation et d’échanges avant d’adopter de nouvelles pratiques. »

Construire une vision partagée

Si l’on veut à la fois préserver notre écosystème agricole et améliorer notre outil de production, il faut se poser équitablement les questions de l’économie, de la durabilité et de l’exigence environnementale : elles sont entrelacées et complémentaires. L’économie, c’est produire une denrée de qualité, et la valoriser comme telle. La durabilité, c’est faire marcher des systèmes de production pérennes et remettre l’agronomie au centre. Sur ce point, il faut accepter la diversité des expériences et des choix d’itinéraires techniques. En France, nous avons une agronomie qui s’adapte à d’innombrables contextes ; il ne peut y avoir de solution unique. Enfin, l’exigence environnementale, c’est être en capacité de respecter des normes draconiennes qui répondent à la notion de qualité demandée par le public. Il me paraît certain qu’un consensus peut se trouver à la croisée de ces trois piliers.

Il reste enfin à construire, collectivement, une vision qui soit claire et sans fantasmes sur ce qu’est la production de céréales aujourd’hui. D’abord, renouer avec un progrès qui soit porteur d’un bénéfice pour l’homme et son environnement. Embrasser les nouvelles technologies, qui sont déjà une réalité dans notre profession. Et enfin, réconcilier l’agriculture de proximité et l’agriculture des grands échanges mondiaux. Cessons de les opposer : elles font, chacune à leur manière, la richesse économique et la force symbolique de notre métier.

 

 

« En France, nous avons une agronomie qui s’adapte aux innombrables contextes ; il ne peut y avoir de solution unique »

Dominique Chambrette

Né en 1949, aujourd’hui à la retraite, Dominique Chambrette a été céréalier, a occupé les fonctions de Secrétaire Général adjoint à Vice-Président de l’AGPB de 1993 à 2017, et a été Président de la Chambre d’Agriculture de Côte d’Or de 2001 à 2013.

 

 

Dominique-Chambrette©PhilippeJacob

© Philippe Jacob

Pour aller plus loin

Reportage sur l’agriculture de conservation, INRA Dijon

Sur le même sujet

#Protéger

Étienne Raulet,
Grand Est

Lire la suite