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Les céréaliers, des entrepreneurs aux multiples activités

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A l’image des Français, les céréaliers s’adaptent aux évolutions de leur métier et diversifient leur activité. Être céréalier aujourd’hui, c’est aussi parfois avoir une maison d’hôtes, produire de l’énergie verte, transformer ses productions et, bien sûr, faire de la pédagogie sur son métier !

Une profession agile

« Créer une nouvelle activité nous permet de sortir de la routine mais surtout de trouver des sources de revenus complémentaires, d’autant plus cette année avec des récoltes catastrophiques », explique Vincent Guérin, céréalier en en région Centre-Val de Loire. Depuis juillet 2019, Vincent produit de l’énergie verte à partir de végétaux grâce à la méthanisation. Aussi, le métier de céréalier est loin d’être figé, les agriculteurs adaptent leurs pratiques agricoles aux nouveaux enjeux du secteur et aux préoccupations sociétales, notamment le respect de l’environnement ou la qualité des céréales. Engagés dans le « produire mieux », les céréaliers dépendent, en revanche, toujours des récoltes pour pouvoir « produire plus ». Ces dernières années, et 2020 ne fait pas exception, les revenus ne sont pas au rendez-vous. C’est pourquoi de nouvelles sources de valeurs sont développées sur les exploitations, en complément des activités de production de cultures.

Autant d’activités que de profils

Céréalier en région Grand Est, Sébastien Loriette a ouvert il y a dix ans deux gîtes sur sa ferme familiale de 160 hectares pour recevoir des hôtes français ou étrangers. « Plus récemment, lorsque mon épouse m’a rejoint pour travailler sur l’exploitation nous cherchions à nous diversifier et avons pensé à valoriser quelque chose que l’on produisait nous-mêmes », raconte-t-il. Produisant des céréales mais aussi de la betterave à sucre, Sébastien et Sophie Loriette ont eu l’idée de s’appuyer sur une partie de leur production de betterave et de blé pour se lancer dans la production de… bonbons ! « En transformant une partie de ce que nous faisons pousser, nous sommes passés d’une ferme céréalière classique à une ferme plus diversifiée. C’est une logique de circuits courts finalement ».

Des bonbons « made in ferme »

« Quand nous avons étudié les différentes activités possibles, nous avons réalisé qu’il n’existait pas de producteur de sucre qui était aussi confiseur, alors que pour faire des bonbons il faut 2/3 de saccharose (issu de la betterave) et 1/3 de glucose (issu du blé) », poursuit Sébastien Loriette. « Mon épouse a suivi une formation en confiserie artisanale et nous avons développé cette activité d’autant plus facilement que nous avons une sucrerie à 15 km de l’exploitation. Nous livrons nos betteraves et récupérons le sucre pour le transformer ensuite en bonbons dans notre atelier ». Ces sucreries « made in ferme » connaissent un grand succès ! D’abord vendus à proximité dans des épiceries fines et grandes surfaces, les bonbons « A les champs » sont désormais aussi disponibles dans les Hauts-de-France comme dans le Sud de la France. Sophie Loriette et son équipe en produisent 6 tonnes par an. « Cette diversification nous ouvre de nouveaux horizons tout en nous apportant un complément de revenus indispensable par rapport à notre métier de base », ajoute-t-il.

bonbons

L’énergie est dans le pré

Pour Vincent Guerin, l’activité de méthanisation a également été un projet mûrement réfléchi : « cinq ans ont été nécessaires pour faire aboutir cette nouvelle activité ». Ce temps a notamment permis de choisir entre la cogénération (production d’électricité et de chaleur à partir du biogaz produit) et l’injection directe (production de biométhane, injecté dans le réseau GRDF). « Compte tenu du fait que nous n’avions pas possibilité de valoriser la chaleur, nous nous sommes orientés rapidement vers l’injection : le biogaz est produit dans des cuves hermétiques, chauffées à 42 °C. Ce biogaz est ensuite épuré des éléments indésirables (CO2, H2S, composés volatils…) et le biométhane restant, pur à 96,5 %, est réinjecté dans le réseau gaz classique », ajoute Vincent Guerin. « Nous alimentons le méthaniseur avec des céréales intermédiaires à vocation énergétique, qui sont implantées par exemple entre une orge d’hiver et un blé, puis récoltées avant la maturité du grain. Ayant peu de besoin en engrais, ces cultures intermédiaires s’intercalent entre deux cultures à vocation alimentaire et ont le mérite de ne pas laisser le sol nu », détaille Vincent Guérin. Chaque année, ce sont 18 000 tonnes de matière qui sont introduits dans le méthaniseur. La centrale de Vincent Guérin produit en biométhane l’équivalent de la consommation d’environ 6 000 habitants, qui est réinjecté dans le réseau GRDF de l’agglomération de Châteauroux.

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Des céréaliers avant tout citoyens

Fiers d’avoir lancé ces nouvelles activités, Sébastien et Vincent ouvrent le champ des possibles pour leurs exploitations céréalières qui, loin d’être en vase clos, se tournent vers la société. « Si un agriculteur nous fournit des matières méthanisables, comme du fumier, nous lui donnons en échange les matières qui restent après le processus de méthanisation et qui sert d’engrais naturel pour les champs », souligne Vincent Guerin. « Avec nos activités de gîte et de fabrication de bonbons, nous avons ouvert la ferme sur l’extérieur, sur les citoyens, et nous échangeons avec eux », ajoute Sébastien Loriette. Dans une démarche toujours plus globale, ce céréalier a planté à proximité de son exploitation 700 arbres en agro-foresterie, créant des synergies avec les activités locales.

Le B.a.-BA

  • Face à des chutes de revenus pour la culture de céréales, les céréaliers diversifient leur activité : gîtes, production d’énergie, transformation des céréales en produits alimentaires et accueil du public.
  • La méthanisation est une technologie qui transforme de la matière organique pour produire soit de l’électricité et de la chaleur, soit du biométhane.

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