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Phytosanitaires : quels usages pour quels bénéfices ?

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Les phytosanitaires divisent. De nombreuses voix se sont élevées ces dernières années contre certaines molécules ou matières actives qui les composent. La société dans son ensemble est plus attentive aux impacts environnementaux des pratiques agricoles, et change de regard sur ces produits jusqu’ici considérés comme des aides utiles et nécessaires aux cultures. Le monde agricole dans son ensemble  s’accorde aujourd’hui à en réduire l’usage. Ce mouvement est déjà en marche chez les céréaliers qui, depuis 1998, ont réduit de 50% leur utilisation et encadrent toujours mieux leurs impacts. Est-on à un tournant dans l’histoire agricole ? Quelle place auront les phytosanitaires dans la production de céréales demain ?

De quoi parle-t-on exactement ?

Phytosanitaires, produits phytopharmaceutiques ou “phytos” pour les intimes, pesticides, produits de protection des plantes, intrants chimiques : les synonymes ne manquent pas pour décrire cette grande famille.

Ne jouons pas sur les mots : ce sont des produits issus de la chimie, utilisés à la fois dans le traitement des cultures, en agriculture conventionnelle ou en agriculture biologique, et pour les besoins des activités agricoles. Ils font tous l’objet d’une autorisation officielle de la part de l’ANSES, tout comme les médicaments, pour s’assurer des bonnes conditions d’utilisation.
Si certains phytos, sous les feux de l’actualité, donnent de ce secteur de la chimie une mauvaise image, ils n’en sont pas moins, globalement et depuis longtemps, utiles aux agriculteurs. Soyons clairs : si l’agriculture française en est consommatrice, et s’ils représentent pour les entreprises qui les fabriquent un marché de 2,2 milliards d’euros pour notre seul pays, c’est parce qu’ils ont su s’imposer comme une aide incontournable au travail agricole. Une part des excellentes performances de l’agriculture française mais aussi la qualité des produits repose sur leur utilisation.

Bénéfices : de la protection des plantes à la performance du travail agricole

Les phytosanitaires participent d’un équilibre à maintenir entre la croissance des plantes, les “qualités” recherchées (voir l’article Qu’est-ce qu’une bonne année ?), les rendements et la planification des récoltes. Ainsi, on peut simplement les classer par leurs effets recherchés…

Les phytosanitaires ont su s’imposer comme une aide incontournable au travail agricole. Une part des excellentes performances de l’agriculture française repose sur leur utilisation.

Santé des plantes et sécurité sanitaire

Il existe des dizaines de parasites et de maladies des céréales, dont certains sont transmissibles à l’homme, comme l’ergot du seigle notamment. Les phytosanitaires agissent en défenseurs des végétaux et les protègent des attaques. Sans leurs recours, la sécurité sanitaire des aliments et la santé humaine seraient fragilisées. Aujourd’hui, des observations régulières et des traitements localisés empêchent la propagation des maladies dans la parcelle. La régulation des mauvaises herbes par les phytosanitaires conditionne également la sécurité sanitaire. A titre d’exemple, si l’herbe toxique datura n’est pas détruite, les céréales sont impropres à la consommation.

Rendement et qualité

Si l’optimisation du rendement à l’hectare reste un objectif évident, c’est en réalité la qualité qui est le principal point de visée du céréalier. Les phytosanitaires l’accompagnent dans cette quête d’une qualité optimale, qui sera valorisée économiquement.

Lutte contre les ravageurs et les maladies

Les ravageurs -principalement les insectes- peuplent naturellement les écosystèmes agricoles, mais lorsqu’il y a surpopulation liée à une abondance de nourriture, les phytosanitaires sont utiles pour réguler la faune et la micro-faune prédatrices de cultures. Réguler n’est pas exterminer : loin de l’image d’un pesticide qui tue tout sur son passage, de nouvelles générations de moyens de lutte existent. A titre d’illustration, les stimulateurs de défense naturelle permettent aux plantes de se protéger elles-mêmes contre des attaques.

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Aide à la culture

Certains phytosanitaires sont employés pour contrôler la croissance de la plante, ou lutter contre ses concurrentes. Un exemple : la “verse” est le phénomène que chacun peut observer lorsqu’il voit les blés couchés par une forte pluie, ou par une croissance trop importante des tiges. Ce phénomène rend la moisson impossible et fait chuter les rendements. En contrôlant la croissance de la tige, les phytosanitaires apportent une garantie de récolte optimale.

Le contrat de solutions proposé en 2017 par 40 partenaires du monde agricole porte des engagements pour progresser en matière de protection des plantes.

Les céréaliers restent “climatodépendants”… et dirigent des entreprises !

Le climat, la sécheresse et les catastrophes naturelles ont un impact indéniable sur la quantité et la qualité des céréales produites. C’est une constante des “grandes cultures” (céréales, oléagineux, betteraves, maïs, …) : le ciel n’est pas toujours clément ! L’emploi de produits permet de mieux maîtriser les conséquences des phénomènes climatiques sur le développement des maladies et ravageurs, et par conséquent d’échapper à la catastrophe …

L’utilisation des phytosanitaires, couplée à une technique agricole de pointe, fait de la production céréalière française une des plus performantes au monde. En 2017, les fermes céréalières ont enregistré une moyenne exceptionnelle de 7,5 tonnes à l’hectare. Un chiffre qui fait rêver bien des céréaliers dans le monde.

Ces rendements permettent aux céréaliers français de valoriser correctement leur travail. Le constat est clair : pas de rendement, pas de revenus. Et dans la production céréalière, activité économique comme n’importe quelle autre, le revenu du producteur reste le nerf de la guerre…

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Conserver de hauts rendements et baisser les intrants

La production céréalière s’est engagée depuis plusieurs années dans une voie que résume la devise « Produire Plus, Produire Mieux »*. En 2018, l’utilisation des intrants (que cela soit des engrais ou des chimies de protection des plantes) ne ressemble en rien à l’usage qui en était fait il y a encore 10 ou 15 ans. De pratiques préventives et généralisées, on est passé aujourd’hui à des méthodes d’une grande précision. En pratique, en moins de 20 ans, l’utilisation de produits phytosanitaires a été réduite de 50 % et le nombre de molécules autorisées a été réduit de deux tiers. On traite localement et au meilleur moment, à des doses de plus en plus réduites, notamment grâce à des technologies de plus en plus accessibles. Cette agriculture de pointe, déjà une réalité dans bon nombre de fermes, est le fruit de considérations aussi environnementales qu’économiques… car le coût des phytosanitaires représente une charge importante à porter pour les entreprises agricoles.

 

Lire la suite du dossier « Phytosanitaires : quelle place demain ? (2/2)« 

 
 
*Produire Plus, Produire Mieux est la devise de l’AGPB

On traite localement et au meilleur moment, à des doses de plus en plus réduites, notamment grâce à des technologies de plus en plus accessibles.

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Étienne Raulet,
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