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Phytosanitaires : quelle place demain?

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La transition agro-écologique est un projet partagé par tous. Mais les opinions divergent parfois sur les chemins à prendre, ou sur le rythme auquel il faudrait avancer. Si la société attend de son agriculture qu’elle prenne à bras le corps les questions environnementales, les changements dans ce domaine passent depuis toujours par des phases de test et d’acceptation. Essaimer de nouvelles pratiques ne se fait pas du jour au lendemain. Les phytosanitaires en sont un exemple. Aujourd’hui, les interdictions qui souvent n’ont fait l’objet d’aucune concertation ni d’étude d’impact agro économique plongent les agriculteurs dans la sidération voire le désarroi : car parmi les modes de culture « alternatifs », quand ils existent, nombreux sont ceux qui ne sont pas viables économiquement ou qui dépendent encore de la chimie.

Un héritage à questionner ?

Héritage du vingtième siècle, les phytosanitaires ont accompagné, dès la sortie de la guerre de 1939-45, le grand bond en avant de l’agriculture française vers sa modernité. Une vision productiviste partagée dans l’Europe naissante, qui répondait à deux nécessités : reconstruire une indépendance alimentaire, et retrouver une influence internationale. Oui, la stabilité de l’Europe s’est faite aussi par le ventre de ses populations ! Les problématiques sont aujourd’hui différentes. L’environnement est un des grands sujets de ce début de siècle, les accords mondiaux sur le Climat redessinent les politiques européennes et locales. L’agriculture entend apporter sa contribution, et sera même source de véritables solutions.

 

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Un point sur les interdictions

La France a engagé en juin dernier un plan d’action pour mettre fin aux principaux usages du glyphosate rapidement et pour l’ensemble à terme, tout en reconnaissant qu’il faudra, pour se faire, trouver des alternatives. A l’origine de la discorde, son classement au rang de “cancérogène probable” par le Centre de Recherche Internationale sur le Cancer de l’Organisation Mondiale de la Santé, au même titre que la charcuterie, le sel et le café. Un classement qui a enflammé les opinions publiques, alors que l’ensemble des autres agences internationales a porté un avis contraire. Devenu un véritable marqueur de la lutte écologique, le glyphosate sort donc du paysage rural, ce qui impose de repenser les différentes pratiques qui l’employaient jusque-là. Pour les céréaliers, le constat est dur : aujourd’hui, les solutions alternatives d’un point de vue technique et économique ne sont pas au rendez vous.

Les néonicotinoïdes, eux, ont disparu des fermes le 1er septembre 2018. Sauf dérogations attribuées sur des critères précis, les agriculteurs ne peuvent plus les utiliser pour protéger leurs cultures des insectes ravageurs.

« L’ignorance de comment fonctionne l’agriculture fait que c’est très facile de vouloir supprimer un produit dont on ne connaît pas vraiment l’usage »

Sylvestre Huet, journaliste scientifique, Arrêt sur Images, 16.11.2018

Un monde agricole qui se transforme

Il est probable que la recherche variétale, la génétique, l’informatisation, la connaissance agronomique et la robotisation vont permettre de réduire l’usage, les risques et les impacts de la chimie, par ailleurs toujours plus performante à des doses de plus en plus faibles. Les céréaliers expérimentent depuis des années des méthodes nouvelles (désherbage mécanique, lutte biologique contre les ravageurs, …) et questionnent l’usage des phytosanitaires à la fois sur le plan écologique et économique.

L’agriculture de conservation, qui consiste à toucher le moins possible au sol ou avec des actions de moindre impact sur sa biologie, fait de plus en plus d’émules. L’agriculture biologique trouve parmi les céréaliers des défenseurs lorsque le contexte climatique ou pédologique lui est favorable, ce qui n’est pas le cas partout. Mais d’autres modes de production respectueuses de l’environnement se mettent en place comme la démarche HVE, haute valeur environnementale.

 

Jean Paul Bordes, Directeur général de l’ACTA, Réseau des Instituts techniques agricoles, dresse un bilan des pratiques en usage et donne un aperçu sur celles à venir.

 

« Les pratiques agricoles ne sont pas statiques, l’agriculture est dynamique. »

Jean-Paul Bordes, Directeur général de l’ACTA

Respecter un temps d’adoption des méthodes alternatives et de l’innovation

L’intégralité de la profession céréalière est en quête de méthodes alternatives. Attention cependant : les suppressions et interdictions brutales fragilisent les agriculteurs en les exposant à des risques démultipliés.

Les céréaliers ont une conscience forte des enjeux liés aux phytosanitaires qu’ils utilisent. Tous maîtrisent leur consommation et tendent à la supprimer lorsque cela est possible. Chacun compose avec ce qu’il a : des sols de natures très différentes, dans des conditions climatiques extrêmement variées. Il n’y a donc pas une solution, mais différentes manières de régler les problèmes qui se posent invariablement aux agriculteurs. Aujourd’hui, lorsqu’ils doivent garantir la qualité sanitaire ou technologique de leur blé, qu’ils doivent assurer la rentabilité de leurs entreprises sur lesquelles reposent une économie souvent familiale, ils doivent faire des choix et les phytosanitaires font encore partie des ressources indispensables.

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